A. De la balade aquatique au sentier sous-marin


Parmi les termes couramment utilisés par les structures qui proposent cette activité se dessinent plusieurs tendances :

  • La balade subaquatique ou palmée concerne généralement une activité de loisir pour la découverte du
    milieu marin en surface.
  • La randonnée subaquatique ou palmée concerne généralement une activité de loisir et sportive de
    découverte du milieu. À la randonnée subaquatique est généralement associée une organisation (encadrement).
  • Le Raid subaquatique ou palmé concerne une activité essentiellement sportive qui se caractérise par
    son organisation spécifique et son caractère ponctuel.

Le terme « aquatique » lié aux mots balade, randonnée, raid peut concerner l’activité en « snorkeling » mais aussi des activités de kayak ou des sports d’eau vive.
Enfin, sous l’appellation sentier sous-marin émergent des activités qui s’éloignent de la pratique d’une activité physique. Par exemple, la découverte d’un site sous-marin à l’aide d’un duplex vidéo.

Face à cette hétérogénéité de termes et de sens, il semble indispensable qu’une définition précise du sentier sous-marin soit élaborée afin de pouvoir les caractériser dans le cadre de l’Éducation à l’Environnement vers un Développement Durable (EEDD).

B. La randonnée subaquatique

Le sentier sous-marin repose pour partie sur la pratique d’une activité physique.
Jusqu’en 2006, cette activité n’était pas précisée dans les textes, d’où une certaine confusion sur les conditions de pratique.

L’interprétation d’un décret par le Ministère de la Jeunesse et des Sports a précisé en 2006 que, pour une activité se pratiquant dans un milieu spécifique, la Fédération Française d’Études et de Sports Sous-Marins (FFESSM) est délégataire.

À ce titre la FFESSM a défini des conditions de pratique et d’encadrement pour l’activité de découverte du milieu marin en PMT (Palmes, Masque et Tubas).

La FFESSM utilise le terme randonnée subaquatique pour désigner cette activité physique. Pour la développer, la fédération s’appuie sur les points « rand’eau ».

Toutefois la FFESSM reconnaît la spécificité du sentier sous-marin dans le cadre de l’EEDD et sa différence par rapport à une simple activité sportive ou de loisirs.

C. La charte des sentiers sous-marins

Cette charte a été élaborée par un groupe de travail, dans le cadre du Réseau Mer « Éducation à l’Environnement », réuni le 7 janvier 2007. Il comprenait des aires marines protégées (Parc National de Port Cros, Parc Marin de la Côte Bleue, Réserve Naturelle Cerbère Banyuls, Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio) et une quinzaine d’autres structures d’éducation à l’environnement. L’objectif était de mettre en avant des valeurs communes permettant de qualifier un sentier sous-marin dans une approche d’EEDD.

L’article 1 donne une définition du sentier sous-marin :
« Un sentier sous-marin est une activité aquatique organisée et éducative ayant pour objectif de faire
découvrir en toute sécurité la diversité des paysages marins, mettre l’accent sur la fragilité des écosystèmes et accompagner les changements de comportement. »

La Charte met l’accent sur la responsabilité du gestionnaire par rapport au site, la vocation pédagogique de l’activité et le contenu du message environnemental qui sont les valeurs fondamentales du sentier sous-marin.

Sentiers sous-marins de Méditerranée française

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D. Des caractéristiques communes aux sentiers sous-marins

L’enquête – typologie des sentiers sous-marins – menée en 2007 par le CPIE CÔTE PROVENÇALE auprès des structures pratiquant le sentier sous-marin comme outil de l’EEDD, a permis de recueillir un grand nombre d’informations sur les caractéristiques de chaque sentier et de les comparer entre elles.
Le contenu des messages délivrés est significatif d’une approche EEDD, et va au-delà de la simple découverte du milieu. Il inclut à la fois les composantes locales du milieu marin (richesse et diversité, faune et flore, habitat, enjeux du territoire, spécificités du site) et permet de sensibiliser le public à la préservation du milieu marin et à acquérir des comportements respectueux.

Les résultats permettent de qualifier les sentiers sous-marins. Plusieurs points communs sont apparus :

  • La préservation du milieu et/ou l’éducation à l’environnement.
  • Le choix du site en fonction de la nature du territoire et/ou d’un milieu remarquable (environnement, milieu, biodiversité, paysage).
  • La zone d’évolution est sécurisée d’une manière ou d’une autre par l’utilisation d’un balisage (autres usagers), d’une surveillance, d’un accompagnement et/ou de l’affichage (réglementation et dangers).
  • Le parcours dans une zone qui varie de 0 à 10 mètres correspondant à la limite de visibilité depuis la surface.
  • Les haltes d’observations commentées par des bouées stations, des panneaux immergés, un accompagnateur
    ou par du matériel Tuba FM.

E. Des éléments de différenciation

Si les sentiers sous-marins se rapprochent par un certain nombre de points, ils se différencient sur d’autres critères :

  • La diversité des milieux et des habitats présentés. On peut parler de sentiers « thématiques » et de sentiers à « habitats différenciés ».
  • Le type de pratique : libre, encadrée, ou mixte.
  • La structuration du sentier : en terme de balisage de sécurité, d’interdiction, de panneaux d’informations, de balises stations, permettra de classer les sentiers « légers » et, à l’opposé, les sentiers à « espace structuré ».
  • La période d’ouverture : année entière ou saison restreinte.
  • Le type d’intervention : intervention ponctuelle ou intervention suivie dans le cadre d’un projet pédagogique éducatif (notion de stages ou d’activité ponctuelle, …).
  • La prise en compte dans les messages d’un volet sur les enjeux du territoire, l’incidence du bassin versant (continuité terre/mer) et usages (partage de l’espace) qui n’apparaît pas dans toutes les animations.
  • Le public : grand public, public spécifique (enfants), public diversifié.

Ces différences nous permettent de classer les sentiers sous-marins en 4 groupes « homogènes » :

1. Sentier sous-marin « Jardins de découverte »

Type de public :
Public familial et individuel, mais aussi des groupes, accueil
de loisirs. Pas de scolaires (pas d’encadrement).
Type d’intervention :
Activité libre, en autonomie.
Organisation de l’activité :
Période d’ouverture en été ou en saison (mai-octobre)avec un passage important.
La structure d’accueil est relativement importante.
L’aménagement de la zone aquatique est également primordial (panneaux immergés, tubas FM, bouées).
Le balisage est nécessaire pour la sécurité du pratiquant (Zone Réservée Uniquement à la Baignade (ZRUB), Zone Interdite aux Engins Motorisés (ZIEM) ou autres zones telles qu’interdites à la navigation).
Remarques :
Malgré un encadrement matériel important, la pratique autonome offre une notion de liberté plus grande.
Exemple :
Le sentier sous-marin de Peyrefite du Conseil général des Pyrénées Orientales – Réserve marine de Cerbère
Banyuls.

2. sentier sous-marin « École de la mer »

Type de public : Public enfant scolaire ou péri-scolaire, le public adulte (faible) est accueilli dans le cadre de stages.
Type d’intervention :
Activité accompagnée.
Animation dans le cadre de projets pédagogiques (ou éventuellement de stages de découverte). Plus que le type de public reçu, c’est le cadre dans lequel se déroule l’activité qui caractérise ce type de sentier sous-marin. Le sentier sous-marin est un des outils faisant partie d’un projet plus global.
Organisation de l’activité :
L’activité peut se dérouler toute l’année.
Une structure d’accueil terrestre importante est nécessaire compte tenu du public accueilli (scolaires). Le matériel est généralement fourni, présence de vestiaires et douches, salles d’animation et/ou d’exposition…
La sécurité est assurée par les animateurs aquatiques.
Remarques : d’autres activités sont proposées en complément du sentier sous-marin. Les structures qui proposent un sentier sous-marin de type « école de la mer » disposent d’un agrément de l’Éducation Nationale.
Exemples : le sentier sous-marin de la Casa Marina – Parc Naturel Régional de Corse à Galéria, celui de la Calanque du Mugel à la Ciotat du CPIE Côte Provençale et le SSM de l’École Départementale de la mer – Saint Jean Cap Ferra

3. sentier sous-marin « Guide de la mer »

Type de public :
Public familial, individuel et éventuellement accueil de loisir et groupes (non scolaires).
tstrong>Type d’intervention :
Activité accompagnée. L’animation est assurée par un guide.
L’animation reste généralement ponctuelle.
Organisation de l’activité :
Les structures terrestres, d’animation et de sécurisation légères sont suffisantes.
Période d’ouverture : juillet/août à minima.
Remarques:
Plus grande adaptabilité du public.
Parcours plus flexible.
Nombre de personnes accueillies limité par le nombre de guides et la période d’ouverture de l’activité.
Exemples
Sentier sous-marin du Parc Marin de la Côte Bleue à Carry-le-Rouet.
Sentier sous-marin de la calanque de Port d’Alon du CPIE Côte Provençale, à Saint-Cyr-sur-Mer.
Sentier sous-marin de I Sbuleca Mare, à Calvi.
Sentier sous-marin de l’Observatoire Marin du Littoral des Maures à Cavalaire.

4. Sentier sous-marin « Tout public »

type de public : les sentiers sous-marins « tout public » ne sont pas spécialisés. Ils accueillent aussi bien un public familial, que des groupes ou des scolaires. Le public scolaire n’est pas prioritaire.
tstrong>Type d’intervention :
L’activité est libre ou accompagnée, en alternance.
Lorsqu’ils reçoivent un public scolaire, l’activité ne se déroule pas forcément dans le cadre d’un projet pédagogique mené avec la structure.
Organisation de l’activité :
Les infrastructures « terrestres » et « aquatiques » sont plutôt importantes.
Une zone de protection (ZRUB, ZIEM ou autre) est nécessaire.
Période d’ouverture : de juin à septembre (juillet/août avec juin et/ou septembre)
Exemples :
Sentier sous-marin du Parc National de Port-Cros à La Palud (site de Port-Cros)
Sentier sous-marin d’Octopussy/Naturoscope Var au Pradet
Sentier marin de la corniche des Maures au Domaine du Rayol (Rayol Canadel)

Deux sentiers n’entrent pas dans ce classement : celui des Lavezzi (office de l’environnement Corse-Réserve naturelle Bouches Bonifacio) se rapproche du type « tout public », mais l’activité est accompagnée. le sentier de l’Argentière (mairie de La Londe les Maures) se situe entre le type  » guide la mer » et « jardin de découverte » puisque l’on alterne entre pratique libre et accompagnée. De plus, les infrastructures sont plus importantes que pour les « guide de la mer ».

Conclusion

Le sentier sous-marin se définit comme un outil territorial à vocation pédagogique comprenant une activité sportive de découverte du milieu marin, la « randonnée subaquatique », en autonome ou accompagnée sur un site déterminé et sous ma responsabilité d’une structure.
Cette activité se caractérise par :

  • des objectifs de préservation du milieu et/ou d’éducation à l’environnement,
  • des critères de choix du site en fonction de la nature du territoire ou de l’aspect remarquable, sa valeur pédagogique étant primordiale,
  • un parcours ponctué de haltes d’observations commentées que ce soit par un accompagnateur ou des supports pédagogiques,
  • des messages qui dépassent la simple découverte : notions sur les enjeux du territoire, sur l’impact de l’homme et sur l’engagement vers une comportement respectueux.

La structure respecte ou s’engage à respecter les valeurs de la Charte, et elle a une « responsabilité environnementale » sur le site.
Cette définition sert de base à une grille d’évaluation d’un sentier sou-marin dans le cadre de l’EEDD.